Philip Rosedale, le créateur de Second Life, était à Paris vendredi dernier, invité par l’agence Community Chest pour rencontrer une vingtaine de blogueurs et membres actifs français de Second Life. Pendant deux heures, le président du conseil d’administration de Linden Lab (qui quittera dans quelques jours ses fonctions de CEO, et sera remplacé par Mark Kingdon) a répondu aux questions de Robert Vinet et des invités.
L’interview, retransmise en direct sur l’île de Community Chest et à la Bibliothèque francophone, a abordé trois points principaux : la société Linden Lab, la plateforme Second Life, et l’avenir de l’Internet 3D et des mondes virtuels. Plusieurs compte-rendus de la rencontre sont déjà disponibles, rédigés par Hugobiwan Zolnir, Ange Zanetti, Daneel Ariantho et Wangxiang Tuxing.
Interrogé en premier lieu au sujet de Linden Lab, Philip Rosedale a rappelé que la société a été créée en 1999 et est aujourd’hui présente sur cinq sites différents - 4 aux Etats-Unis (le bureau principal est à San Francisco) et 1 en Angleterre. L’entreprise emploie environ 250 personnes, travaillant essentiellement sur la partie technique (engineering, développement logiciel, etc.) et l’assistance à la clientèle. Philip Rosedale a également expliqué que la majorité de leurs serveurs est utilisée pour simuler le métaworld, tandis que quelques centaines de machines seulement assurent les “central services” que sont la gestion d’inventaire, les log in, le système monétaire, etc. Linden Lab ne recherche pas de partenariats sur les contenus, mais plutôt des partenariats technologiques (comme avec IBM avec qui ils testent en ce moment la possibilité de mettre des grilles sur des serveurs séparés).
Concernant le monde virtuel Second Life, la discussion a débuté autour de l’open source : après le client, les serveurs ? Philip Rosedale a tout d’abord réaffirmé une de ses convictions : les mondes virtuels vont être plus grands que le Web. L’open source est incontournable si l’on veut construire quelque chose d’aussi grand ! Pour autant, Linden Lab ne souhaite pas “faire de l’open source pour faire de l’open source”. Mais tout code open source qui sera plus performant que sa version propriétaire viendra la remplacer. Au sujet du passage des serveurs en open source, Philip Rosedale a expliqué que les questions de sécurité, par exemple concernant le système monétaire, constituaient la principale difficulté : un travail de longue haleine ! Un enjeu de taille également : simplifier l’ergonomie de la plateforme. Trois chantiers sont prioritaires aux yeux de Philip Rosedale : 1) accéder à Second Life depuis le Web et éviter ainsi de télécharger le client, 2) améliorer le design, et enfin 3) améliorer le moteur de recherche. Philip Rosedale l’a rappelé, seuls 10% des nouveaux utilisateurs reviennent sur Second Life après leur première connexion (mais ils y reviennent alors pour toujours !). On se souvient de l’ouverture des “community registration portals” ou de l’évolution d’Orientation Island. Mais il reste visiblement des efforts à fournir concernant l’accueil des nouveaux utilisateurs.
Enfin, sur l’avenir de l’Internet 3D et des mondes virtuels, Philip Rosedale est optimiste : les mondes virtuels sont inévitables ! La 3D introduit deux changements majeurs par rapport au Web : 1) l’information y est organisée de manière plus adéquate à la perception humaine et 2) la 3D permet à l’homme, animal social, d’agir “en présence”. Autre sujet, l’interopérabilité. Pour lui, ce qui existe aujourd’hui n’est pas suffisant, mais il s’est montré très enthousiaste sur OpenSim et a évoqué des possibilités de raccordement avec la grille de Second Life. Quant aux concurrents (Club Penguin, Habbo, IMVU, Hipihi, …), Philip Rosedale les trouve “very cool”! Son sentiment ? Les gens vont finir par être frustrés d’évoluer dans des mondes aux possibilités limitées. Ils vont venir sur des mondes plus “complexes” pour y exprimer leur créativité. Voilà qui semble de bon augure pour Solipsis…